Vendredi 2 juillet 2021

Cancer de l’ovaire : une étude promue par le Centre montre des premiers résultats prometteurs

Lors d'un congrès de l'ASCO, un rendez-vous annuel incontournable permettant aux experts internationaux d’échanger sur les dernières innovations en cancérologie, deux médecins du Centre ont présenté un poster : le Dr Hortense Chevalier et le Dr Eric Leblanc. Le docteur Eric Leblanc, chirurgien généraliste et gynécologue oncologue au Centre, a pu, en effet, présenter les résultats de son étude évaluant l’efficacité d’une nouvelle technique de chirurgie prophylactique (ou préventive) pour les jeunes femmes à risque héréditaire de cancer pelvien. Zoom sur cette étude.

 

Mieux comprendre les cancers de l’ovaire

 

S’il n’est pas le plus fréquent (1 femme sur 70 environ), le cancer de l’ovaire reste le plus mortel des cancers gynécologiques, car difficilement dépistable, d’où sa découverte fréquente à un stade très avancé. Cependant, les femmes porteuses d’une mutation héréditaire en particulier sur les gènes BRCA (cancer du sein et de l’ovaire), ont un risque beaucoup plus élevé sur une vie de développer cette maladie (environ 40% en cas de mutation du gène BRCA1 et 20% pour le BRCA2) et une prise en charge préventive spécifique est indiquée.   

 

Une chirurgie efficace mais non dénuée d’effets secondaires, pour prévenir des cancers de l’ovaire pour les femmes à risque familial ou héréditaire

 

Classsiquement, la chirurgie prophylactique de référence, appelée annexectomie bilatérale, est proposée, à partir de l’âge de 35 ans ou un peu plus tard selon le gème concerné,aux femmes ayant déjà accompli leur projet parental. Elle consiste en l’ablation des trompes et des ovaires (sous anesthésie générale et par coelioscopie habituellement). Cette opération, relativement bénigne techniquement, réduit de 95% le risque de cancer de l’ovaire, mais au prix d’effets secondaires importants liés à la mise en place précoce de la ménopause (bouffées vaso-motrices, ostéoporose, troubles de la libido voire plus tard, complications cardiaques ou neuro-psychiques). Ces troubles qui altèrent significativement la qualité de vie, peuvent dissuader certaines femmes d’avoir recours à cette chirurgie, s’exposant ainsi au risque de développement de ce redoutable cancer.

 

Une nouvelle technique de chirurgie pour prévenir leur risque de cancer sans altérer la qualité de vie des femmes à risque

 

Comme la plupart de ces cancers prennent en fait naissance dans la partie terminale de la trompe de Fallope, l’idée est de ne proposer dans un premier temps que l’ablation des trompes, en laissant en place la majeure partie des deux ovaires avec, à la ménopause naturelle, vers 50 ans, la nécessité de les enlever, puisqu’ils ne sont plus utiles au plan hormonal et que l’on ne connaît pas le risque de les laisser en place dans ce contexte. Cette opération en 2 temps a été appelée fimbriectomie radicale. Cette découverte importante a permis d’imaginer une nouvelle chirurgie de prévention du cancer de l’ovaire plus limitée, en enlevant seulement les trompes mais en préservant les ovaires, ce qui évite la ménopause précoce et son cortège d’effets secondaires. De surcroit, comme les ovaires et l’utérus restent en place, la fertilité est aussi préservée.

 

Zoom sur le résultat de l’étude de cette nouvelle technique

 

Une étude prospective nationale a testé l’efficacité de cette nouvelle prophylaxie chirurgicale sur 121 femmes à risque familial de développer un cancer de l’ovaire. Les résultats présentés à l’ASCO cette année montrent que ce geste n’est pas plus dangereux que le geste de référence, qu’il permet aussi de détecter des cancers très précocement. Après 6.2 années de suivi médian aucune femme de cette cohorte n’a développé de cancer de l’ovaire. Certaines femmes ont présenté ou récidivé un cancer du sein. D’autres ont été ménopausées mais quelques années après le geste (une seule avant 40 ans), et l’ablation secondaire de leurs ovaires n’a pas révélé de cancer à ce niveau.  Enfin, une patiente de la série a même pu accoucher naturellement de jumeaux après fécondation in vitro.

Les premiers résultats de cette étude sont donc prometteurs quant à la prophylaxie du cancer de l’ovaire chez ces femmes à risque, tout en préservant leur féminité voire, plus anecdotiquement, leur fécondité. Ils méritent toutefois d’être confirmés par une étude comparative directe avec le geste de référence, sur un échantillon de femmes à risque plus important et un suivi plus prolongé. La fimbriectomie voire la salpingectopmie bilatérale avec ovariectomie différée pourrait devenir, à terme, une solution alternative acceptable à l’annexectomie bilatérale qu’on pourrait proposer à ces femmes.

 


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