Cancer du sein : un suivi à 10 ans décrit le devenir des grossesses
Le Dr Audrey Mailliez a présenté les résultats de l'étude KSF2 lors de l'ESMO Breast Cancer à Berlin. Cette analyse à long terme porte sur la vie après traitement des patientes traitées pour un cancer du sein, avec une démarche de préservation de la fertilité. Les résultats concernent 125 femmes traitées entre 2011 et 2016 et incluses dans une étude prospective, avec un recul médian de plus de 10 ans (123,2 mois).
L’étude s’intéresse à la fois à la fonction ovarienne, aux grossesses et au devenir oncologique de cette population de femmes jeunes atteintes d’un cancer du sein.
Un suivi gynécologique inscrit sur 10 ans
Entre 2011 et 2016, 125 patientes atteintes d'un cancer du sein ont bénéficié, au cours de leur parcours de soins, d'une consultation dédiée à la préservation de la fertilité et/ou d'un suivi de leur réserve ovarienne en collaboration avec le service d’aide médicale à la procréation du CHU de Lille.
L'étude documente la reprise de cycles menstruels des femmes à distance des traitements : chez certaines les cycles menstruels sont réguliers, d'autres ont développé une insuffisance ovarienne ou sont entrées en ménopause prématurée. Des récidives et nouveaux événements oncologiques ont également pu être recensés grâce à ce recul prolongé, rappelant que la surveillance à long terme reste un enjeu de soin important.
Des grossesses, majoritairement obtenues naturellement
« Peut-on avoir un enfant après un cancer du sein ? C'est une question que se posent de nombreuses femmes dès le moment du diagnostic. Cette étude a permis d’analyser la possibilité d’une grossesse spontanée post-traitement et les résultats sont très encourageants », précise le Dr Audrey Mailliez, oncologue au Centre.
Parmi les 125 patientes incluses, 43 ont exprimé un désir de grossesse au cours du suivi, et 74 grossesses ont finalement été obtenues (chez 47 patientes), permettant la naissance de 48 enfants.
La majorité de ces grossesses ont été spontanées, sans recours à l'aide médicale à la procréation. Pour les femmes n'ayant pas réussi à concevoir naturellement, la réutilisation des ovocytes congelés avant le début des traitements a, dans la plupart des cas, permis d’accompagner le projet de parentalité.
L’importance d’aborder la fertilité dès le diagnostic
Ces données confirment l'intérêt d'intégrer la question de la fertilité le plus tôt possible dans le parcours de soins, avant le début de la chimiothérapie, pour toute patiente en âge de procréer.
Informer, orienter, proposer une préservation de la fertilité par conservation d'ovocytes si nécessaire : des démarches qui peuvent, à distance du parcours de soins, avoir un impact concret sur le parcours de vie.