Cancer de la prostate : mieux comprendre les tumeurs pour personnaliser les traitements
À l’occasion du mois de novembre, mois de sensibilisation à la santé masculine, le Centre Oscar Lambret met en lumière les avancées qui font évoluer la prise en charge du cancer de la prostate. Grâce à une meilleure connaissance des caractéristiques biologiques des tumeurs, les médecins peuvent aujourd’hui proposer des traitements plus adaptés à certains patients.
Mieux comprendre chaque tumeur pour mieux choisir les traitements
Le cancer de la prostate est aujourd’hui bien pris en charge lorsqu’il est diagnostiqué à un stade localisé. Mais lorsque la maladie progresse ou se propage à d’autres organes, les possibilités de traitement peuvent devenir plus complexes.
Ces dernières années, les progrès de la recherche ont profondément fait évoluer la manière d’aborder ces cancers avancés. Au-delà de leur localisation, les médecins s’intéressent désormais aux caractéristiques biologiques de chaque tumeur : ses anomalies génétiques, les mécanismes qui favorisent sa progression et les éventuelles faiblesses sur lesquelles agir.
« Il y a une quinzaine d’années, face à un cancer de la prostate métastatique, nous avions peu d’options et une seule façon de penser la maladie. Aujourd’hui, nous commençons à comprendre la carte d’identité de ces tumeurs à l’échelon individuelle : ce qui les fait proliférer mais aussi leurs fragilités. C’est un changement de regard qui débouche de plus en plus souvent sur un changement de traitements », explique le Dr Yaovi Éric Amela, chef du Département d’oncologie médicale au Centre.
Cette approche, appelée médecine de précision, permet dans certaines situations d’orienter les patients vers des traitements adaptés aux caractéristiques de leur cancer. Elle ouvre également de nouvelles perspectives de recherche pour les formes les plus difficiles à traiter.
Une simple prise de sang pour mieux comprendre l’évolution du cancer
Parmi les avancées de la médecine de précision figure la biopsie liquide. Son principe : rechercher dans le sang de minuscules fragments d’ADN libérés par les cellules cancéreuses.
À partir d’une prise de sang, cette technique peut permettre d’identifier certaines anomalies génétiques de la tumeur, notamment des mutations du gène BRCA2, ou d’étudier les mécanismes qui pourraient expliquer une résistance aux traitements.
Pour les patients atteints de formes avancées, cette approche présente un intérêt particulier : elle peut, dans certaines situations, apporter des informations utiles sans avoir à réaliser de nouveau prélèvement directement dans une tumeur, notamment lorsqu’elle est située dans les os.
La biopsie liquide ne remplace toutefois pas systématiquement les examens conventionnels. Son utilisation dépend de la situation médicale et des informations recherchées. Ce n’est pas non plus un test de dépistage : elle concerne des hommes dont le cancer est déjà connu.
L’objectif est de mieux comprendre comment le cancer évolue pour aider les médecins à adapter la stratégie thérapeutique au bon moment.
Identifier les faiblesses des cellules cancéreuses pour agir plus précisément
Toutes les tumeurs de la prostate ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Certaines possèdent des anomalies génétiques qui peuvent les rendre sensibles à des traitements spécifiques.
C’est notamment le cas de certains cancers présentant des anomalies de gènes impliqués dans la réparation de l’ADN, comme BRCA1 ou BRCA2. Dans des situations médicales bien définies, des traitements appelés inhibiteurs de PARP peuvent être proposés pour exploiter cette vulnérabilité des cellules cancéreuses. Lorsque l’anomalie est héréditaire, une consultation de génétique peut aussi être proposée aux proches du patient : soigner un homme, c’est parfois aussi protéger sa famille.
Les chercheurs s’intéressent également à une autre anomalie : la perte de PTEN, un gène qui joue normalement un rôle de frein dans la multiplication des cellules.
Lorsque ce frein disparaît, certains mécanismes favorisant la croissance tumorale peuvent devenir plus actifs. Cette anomalie, retrouvée dans une proportion importante des cancers de la prostate avancés, constitue une piste de recherche pour développer de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Au Centre Oscar Lambret, les équipes médicales participent à cette dynamique de recherche visant à mieux identifier les profils tumoraux et à évaluer des traitements ciblant les mécanismes de progression de la maladie.