Vendredi 11 septembre 2015

Des progrès majeurs dans le traitement des cancers de l’enfant

Grâce au dynamisme de la recherche en cancérologie, de nombreuses tumeurs pédiatriques font aujourd’hui l’objet d’études cliniques. Au Centre Oscar Lambret, la grande majorité des jeunes patients participent à ces études. L’accès aux essais cliniques, particulièrement aux essais de phase précoce, constitue un progrès majeur dans la prise en charge des enfants et adolescents atteints d’un cancer. Les études cliniques proposées au Centre permettent aux jeunes patients de la région, mais également aux enfants originaires de l’inter-région, notamment de Picardie ou de Belgique, de bénéficier des dernières avancées thérapeutiques et des traitements les plus innovants.
 

Parmi les essais de phase précoce ouverts au Centre, certains sont directement promus par ses équipes. Depuis janvier 2015, la promotion d’essais de phase précoce s’articule dans le cadre de la labellisation CLIP2 (Centre INCa de Phase Précoce). Cette labellisation de l’Institut National du Cancer, en collaboration avec le CHRU voisin, sous l’égide du Centre Régional de Référence en Cancérologie, est la reconnaissance de l’expertise du Centre Oscar Lambret en oncologie pédiatrique. Elle va lui permettre d’être aux avant postes pour ouvrir de nouvelles études cliniques de phase précoce et donc améliorer l’accès aux nouvelles molécules.

« L’objectif est de favoriser l’accès du plus grand nombre d’enfants et d'adolescents de la région aux nouveaux médicaments et aux innovations thérapeutiques »  Anne-Sophie Defachelles, chef de l’unité de pédiatrie.

 

La recherche clinique pour augmenter les taux de guérison
 

En évaluant de nouvelles stratégies thérapeutiques, les essais cliniques ont pour objectif d’augmenter les taux de survie et de guérison. L’étude européenne VIT, promue par le Centre, évalue par exemple l’efficacité d’un agent antitumoral, le témozolomide, en complément d’une chimiothérapie standard chez les patients atteints d’un rhabdomyosarcome* réfractaire ou en rechute.

Instigateur du protocole de phase II MIITOP, le Centre est également devenu le centre de référence national pour la radiothérapie métabolique dans le traitement des neuroblastomes* métastatiques réfractaires ou en rechute.

La radiothérapie métabolique permet de délivrer des doses importantes de radioactivité aux cellules tumorales. La MIBG thérapeutique, couplée à l'iode 131, est captée par les cellules tumorales; celles-ci sont alors irradiées par l'iode 131.

L’étude MIITOP avait pour objectif d’évaluer la faisabilité et l’efficacité anti-tumorale de ce traitement.

En France, seuls trois établissements ont participé à cette étude et sur les trente patients inclus, vint-cinq ont été traités au Centre Oscar Lambret.

Faisant suite à cette étude, le protocole européen de phase II, Veritas, qui ouvrira prochainement, devra démontrer les bénéfices de la MIBG thérapeutique sur la survie des patients porteurs d’un neuroblastome métastatique réfractaire. En France, quatre établissements, dont le Centre Oscar Lambret, pourront  administrer la MIBG thérapeutique dans le cadre de cette étude.

 

Adapter le traitement au profil de la tumeur
 

Il existe une multitude de tumeurs pédiatriques. En outre, des tumeurs apparemment similaires peuvent avoir des comportements différents en fonction de leur profil génétique et de l’âge du patient.

Des études analysant les gènes exprimés dans le neuroblastome* ont ainsi mis en évidence que ces tumeurs, semblables au microscope, pouvaient présenter des profils moléculaires tout à fait différents d'un individu à l'autre. Ainsi, chez les bébés, certains neuroblastomes, dont le profil génétique est particulier, régressent ou guérissent spontanément.

« Il existe des cancers métastatiques dont le pronostic est excellent même sans traitement chez les patients de moins de un an, ce qui peut sembler paradoxal alors qu’au dessus de un an, ces mêmes tumeurs nécessitent des protocoles lourds pour atteindre un taux de guérison inférieur à 40% », souligne le Docteur Defachelles.

Dans ce contexte, le protocole européen LINES, ouvert au Centre depuis 2013, permet de personnaliser le traitement selon l'âge du patient, le profil génétique et la localisation du neuroblastome. Pour certains patients, les équipes médicales sont ainsi en mesure d’alléger les traitements tout en favorisant leur guérison.

« En analysant les caractéristiques génétiques des tumeurs et leur comportement et en adaptant le protocole, les études cliniques ont permis des avancées thérapeutiques majeures ».

 

La recherche clinique pour améliorer la qualité de vie pendant et après les traitements

Guérir est une chose. Mieux guérir en est une autre.

 

Certaines études cliniques ont pour objectif d'améliorer la qualité de vie pendant le traitement.

L’étude OVIMA évalue par exemple l’efficacité d’un médicament administré par voie orale dans le traitement de certaines tumeurs cérébrales chez l’enfant. Le médicament prescrit dans cette étude a déjà prouvé son efficacité par administration intra-veineuse et l’objectif est aujourd’hui de vérifier l’efficacité de son administration par la bouche. Si son efficacité est confirmée, ce traitement pourra ainsi se prendre directement à la maison, ce qui améliorera considérablement la qualité de vie des patients et de leurs familles.

Dans cette même optique, une autre étude actuellement ouverte a pour but de mesurer la tolérance et l’efficacité d’un nouvel antalgique dans le soulagement de la douleur chez les enfants.

 

D’autres essais cliniques visent à diminuer les séquelles dues aux traitements.

Pour certaines tumeurs pédiatriques présentant un taux de guérison déjà important, l’enjeu  est d’améliorer la qualité de la guérison.

Des protocoles innovants prévoient dans certains cas un allègement du traitement afin de « mieux » guérir les patients et de diminuer les séquelles à moyen et à long termes (séquelles neurocognitives, stérilité, insuffisance rénale…).

 « Des essais thérapeutiques ont montré que dans certaines situations, des groupes de patients n’avaient pas besoin d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie aussi intense que celle prévue par le protocole classique. Pour ces patients, réduire la chimiothérapie ou la radiothérapie permet de diminuer la toxicité et d’éventuelles séquelles à l’âge adulte tout en bénéficiant du même taux de guérison. Dans la prise en charge du rhabdomyosarcome par exemple, certains patients ne sont aujourd’hui plus irradiés » conclut Anne Sophie Defachelles.

Pour mieux comprendre

Les rhabdomyosarcomes sont les sarcomes des tissus mous les plus fréquents chez l’enfant.
Les neuroblastomes sont les tumeurs malignes solides extra-cérébrales les plus fréquentes chez le jeune enfant.


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